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L'ORTHODOXIE À L'ÈRE DE LA CONSTRUCTION EUROPÉENNE : PRÉJUGÉS ET RÉALITÉS, EXPÉRIENCE OECUMÉNIQUE ET PERSPECTIVES

métropolite DANIEL de Moldavie

Avec l'adhésion prévue, en 2007, de la Roumanie et de la Bulgarie, plus de vingt-cinq millions d'orthodoxes d'Europe centrale et balkanique devraient rejoindre l'Union européenne (UE). Quelles sont les valeurs dont se sentent investis ces nouveaux venus et quelle expérience veulent-ils faire partager à l'Europe ? Questions posées par le métropolite DANIEL de Moldavie (patriarcat de Roumanie) dans la communication qu'il a présentée le 27 mai dernier, au palais universitaire de Strasbourg (Bas-Rhin), lors d'une conférence organisée par la paroisse orthodoxe roumaine de Strasbourg, en collaboration avec la Faculté de théologie protestante de cette même ville. Le Service orthodoxe de presse reproduit ici de larges extraits de cette communication qui s'inscrit dans le débat en cours sur l'avenir de la construction européenne, après les non français et néerlandais au projet de traité constitutionnel de l'UE.

Le métropolite DANIEL (Ciobotea), 53 ans, est, depuis 1990, évêque du diocèse de lasi (Roumanie) et métropolite de Moldavie et de Bucovine, le deuxième siège dans l'ordre honorifique de l'épiscopat roumain, après le siège patriarcal de Bucarest. Docteur en théologie, il a fait ses études à la faculté de théologie orthodoxe de Sibiu (Roumanie), puis à Strasbourg (France), à Ratisbonne et à Fribourg-en-Brisgau (Allemagne). De 1980 à 1988, il a enseigné à l'Institut oecuménique de Bossey (Suisse). Il siège aujourd'hui au comité central de la Conférence des Églises européennes (KEK), après avoir été pendant plusieurs années membre du comité central du Conseil oecuménique des Églises (COE).

L'attitude des orthodoxes à l'égard de l'Union européenne est très différente d'un pays à l'autre, et d'une personne à l'autre. Aujourd'hui, le seul pays de l'Union européenne à majorité orthodoxe est la Grèce, qui compte environ 10 millions d'orthodoxes. Cependant, suite à la signature du traité d'adhésion à l'Union par la Roumanie et la Bulgarie (Luxembourg, 25 avril 2005), en 2007, ce seront plus de 25 millions d'orthodoxes qui la rejoindront. Et la Roumanie, avec ses 20 millions d'orthodoxes, sera le plus grand pays à majorité orthodoxe membre de cette Union.

L'attitude réservée de certains orthodoxes devant l'Union européenne peut avoir plusieurs causes : 1) la mémoire de l'antagonisme religieux et culturel entre l'Orient orthodoxe et l'Occident catholique et protestant, provoqué par la séparation des Églises, l'uniatisme et le prosélytisme religieux contemporain ; 2) des restes d'habitudes idéologiques héritées de l'éducation et de la propagande de l'époque de la guerre froide, quand le monde était divisé en blocs politiques opposant les deux parties de l'Europe : la partie occidentale, plutôt capitaliste, et la partie orientale, ex-communiste ; 3) le décalage économique qui existe actuellement entre les pays européens occidentaux et les pays européens de l'Europe centrale et orientale ; 4) le manque d'information adéquate et nuancée concernant la nature, les structures, les principes et les buts de l'Union européenne ; 5) la peur d'une intégration totalisante et sécularisante, nivelant et uniformisant les cultures et les différentes identités, et ce au seul profit de l'économie et d'une stratégie globale.

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