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06 mai 2009 - AMIENS :13e congrès orthodoxe d'Europe occidentale

Le 13e congrès orthodoxe d'Europe occidentale s'est tenu du 30 avril au 3 mai dernier, à Amiens (Somme), sur le thème "La Création remise entre nos mains ". Plus de sept cents participants, dont de nombreux jeunes et enfants, venus de différents pays d'Europe, tant de l'Ouest (Belgique, France, Grande-Bretagne, Grèce, Pays-Bas, Allemagne, Suisse, Italie, Espagne) que de l'Est (Russie, Ukraine, Roumanie, Bulgarie), se sont retrouvés, dans une ambiance conviviale et joyeuse, pour réaffirmer l'enracinement des orthodoxes ici et maintenant, appelés à vivre la foi apostolique au sein de la société occidentale. Quatre conférences plénières, trois tables rondes et une vingtaine d'ateliers de réflexion ont permis aux participants de réfléchir sur l'être même de l'Église et les défis auxquels elle est appelée à répondre " pour la vie du monde ", comme le dit la liturgie. Les participants se sont félicités de la qualité des travaux, du sérieux et de la sérénité des débats, mais aussi du renouvellement des générations et des thèmes traités. Tous les patriarcats ayant des diocèses en Europe occidentale étaient représentés. Etaient personnellement présents le métropolite EMMANUEL, évêque du diocèse du patriarcat oecuménique en France et président de l'Assemblée des évêques orthodoxes de France, l'archevêque GABRIEL (archevêché de tradition russe du patriarcat oecuménique, France) et son auxiliaire, l'évêque BASILE (Oxford, Grande-Bretagne), le métropolite JOSEPH (patriarcat de Roumanie, France), le métropolite SÉRAPHIN (patriarcat de Roumanie, Allemagne) et l'évêque ATHÉNAGORAS (auxiliaire du diocèse du patriarcat oecuménique en Belgique). Le métropolite JEAN (patriarcat d'Antioche, Paris) et l'évêque LUKA (patriarcat de Serbie, Paris), retenus par des obligations pastorales, s'étaient excusés et étaient représentés, de même que l'on notait, à différents moments, la présence de clercs du patriarcat de Moscou, dont le père Nicolas LOSSKY et le père Nestor SIROTENKO, venus de Paris. L'évêque catholique d'Amiens, Mgr Jean-Luc BOUILLERET, devaient également honorer le congrès de sa présence. A la fin de la dernière journée du congrès, une partie des participants se sont retrouvés pour une prière d'action de grâce dans la cathédrale d'Amiens, qui abrite le chef de saint Jean-Baptiste, ramené de Constantinople en 1206. Le congrès s'est articulé autour de quatre conférences plénières (avec traduction simultanée en français, anglais, allemand et néerlandais). Présentée par Michel STAVROU, professeur de théologie dogmatique à l'Institut de théologie orthodoxe de Paris (Institut Saint-Serge), la première communication intitulée " Le mystère de la Création " a permis de développer le thème général du congrès. Dans un exposé très dense, Michel STAVROU a tout d'abord donné, à partir d'une approche biblique et patristique, une lecture de " la vocation de l'homme " au sein de la Création, une vocation dont l'accomplissement se réalise en Christ par l'Incarnation et la Résurrection, soulignant ensuite combien aujourd'hui " la crise écologique semble résulter de deux facteurs théologiques concourants : l'expulsion de Dieu, et l'éloignement de l'homme hors du monde ". " A la lumière de notre foi dans le Christ ressuscité, [nous sommes] non seulement interpellés sur notre manière de vivre dans le monde – en réalisant nos déficiences collectives et personnelles –, mais aussi amenés à adopter une démarche plus eucharistique face aux hommes et au monde ", devait-il encore affirmer, avant de proposer " la voie philocalique comme chemin spirituel " pour restaurer l'image déchue de l'homme et sanctifier l'ensemble de la création. Dans une deuxième communication, Elisabeth Theokritoff, enseignante à l'Institut d'études orthodoxes de Cambridge (Grande-Bretagne), s'est efforcée de montrer comment l'Eglise peut participer à la prise de conscience écologique actuelle, en insistant sur les modalités du passage d'une économie de consommation à une économie de communion. Présentée par Peter BOUTENEFF, professeur à l'Institut Saint-Vladimir à New York, la troisième communication a centré la réflexion sur la condition de l'homme, à la fois marquée par la chute originelle, mais aussi créée à l'image de Dieu. A partir de la question " Adam, où es-tu ? ", le théologien américain a souligné le paradoxe dans lequel s'inscrit notre vie, en tension permanente entre la joie résurrectionnelle qui fait de nous des citoyens du Royaume et le monde de mort dans lequel nous vivons encore. " La mort continue de nous définir biologiquement, mais non spirituellement ", a-t-il dit. Ce paradoxe s'incarne dans la polarisation entre l'ancien Adam déchu et le nouvel Adam qu'est le Christ mort et ressuscité. Développant les enjeux de cette polarisation, Peter BOUTENEFF a souligné que le vieil Adam, notre ancêtre, représente nos potentialités déchues, ouvrant sur le péché et la mort, tandis que le Christ, venant partager la douleur de notre ambivalence, nous ouvre la voie de l'union à Dieu dès lors que nous choisissons de tendre vers cette réalité rachetée. Trois tables rondes ont permis ("L'économie, gestion de la "maison terre" : des "subprimes" à l'économie de communion " ; " La ville, lieu chrétien par excellence, foule de visages " ; " Quelles voies pour l'orthodoxie en Europe occidentale ? ") permirent d'approfondir la question de l'unité de l'Église, tant d'un point de vue interne (l'unité des communautés orthodoxes entre elles) qu'externe (la question des relations à la société et aux réalités du monde contemporain), de même que celle du " sacrement du frère ". Dans la table ronde sur la ville, Noël RUFFIEUX, laïc orthodoxe suisse, et Valérie RÉGNIER, responsable de la communauté catholique Sant'Egidio à Paris, ont évoqué les modalités du " vivre ensemble " dans les métropoles modernes. L'important est de savoir briser le mur de l'anonymat et de l'indifférence pour parvenir à créer une amitié avec ceux qui souffrent de la solitude, notamment les sans-abri. Dans cette optique, les paroisses et la prière en commun peuvent devenir un foyer de communion d'où l'amour fraternel rayonne. Le but n'est pas de remédier aux problèmes de la ville par des solutions humanistes, mais de parvenir à faire de véritables rencontres avec les êtres en détresse qui s'y concentrent. Dans une intervention sur le monachisme, le père SYMÉON, supérieur du monastère Saint-Silouane-l'Athonite, à Saint-Mars-de-Loquenay (Sarthe), a évoqué la vocation des moines appelés à établir un plus juste rapport envers la création, selon ce que Dieu a ordonné à Adam, et de devenir ainsi un exemple pour le monde. Le monastère peut alors constituer un lieu harmonieux d'accueil de la nature, des animaux, mais surtout de l'homme blessé. Dans la soirée du 1er mai, une séance d'hommage au théologien et historien orthodoxe Olivier CLÉMENT, animée par le père Jean GUEIT, recteur de la cathédrale de Nice (Alpes-Maritimes) et ancien secrétaire général de la Fraternité orthodoxe en Europe occidentale, a donné l'occasion de rappeler l'héritage immense du théologien disparu en janvier 2009 (SOP 335.1), qui fut l'un des fondateurs et animateurs de la Fraternité orthodoxe en Europe occidentale. Après l'audition de la bande sonore du 4e congrès orthodoxe d'Europe occidentale, qui s'était tenu à Avignon, en 1980 (SOP 53.3), grâce à laquelle la voix vibrante d'Olivier CLÉMENT a résonné dans l'amphithéâtre d'Amiens, et la lecture de poèmes tirés de son recueil Déracine-toi et plante-toi dans la mer, nombreux furent ceux qui vinrent témoigner de leur amitié avec le théologien. Le métropolite SÉRAPHIN a évoqué l'enseignement d'Olivier CLÉMENT à Saint-Serge comme " une école de théologie vécue ". Michel SOLLOGOUB, professeur à l'université Paris I - Sorbonne, a souligné combien le théologien fut le maître et l'ami de toute une génération : " Ce qu'il nous a transmis a été essentiel dans notre vie ". Bertrand VERGELY a évoqué les cours d'histoire d'Olivier CLÉMENT, dans lesquels il a transmis sa perspective visionnaire et ses intuitions concernant l'époque moderne. La dizaine de témoignages croisés ont permis de souligner combien le théologien était un familier de Dieu et combien il a su discerner les germes de Royaume, présents dans notre monde contemporain. En marge des sessions plénières, les participants pouvaient se retrouver en petits groupes lors d'ateliers de réflexion portant sur les thèmes les plus variés : " Etude biblique ", " Transmettre la foi ", " La vie paroissiale ", " Le monastère ", " La tradition liturgique ", " Confession et paternité spirituelle ", " L'oecuménisme ", " Faire face à la maladie ", " Questions d'éthique ". Des ateliers touchaient également différents aspects pratiques de la vie des communautés : chant liturgique, iconographie, organisation de la catéchèse... Vécus au rythme de la prière, ces trois jours ont trouvé leur point culminant dans la liturgie eucharistique dominicale, concélébrée par tous les évêques présents, sous la présidence du métropolite EMMANUEL, et entourés d'une dizaine de prêtres et de diacres, et de tout le peuple de Dieu, chantée en français, néerlandais, grec, slavon, roumain, allemand et anglais. Lors de la session finale, le métropolite EMMANUEL a tout d'abord donné lecture d'un message du patriarche oecuménique BARTHOLOMÉE Ier, qui tenait à rappeler aux participants le caractère essentiel de la réflexion concernant la sauvegarde de la création, puis le philosophe Bertrand VERGELY, maître de conférences à l'Institut d'études politiques de Paris et à l'Institut Saint-Serge,  a présenté la dernière communication plénière sur le thème " Vers la transfiguration du quotidien ". Il a évoqué la question des origines, à laquelle la réponse chrétienne permet de donner son sens véritable. Il s'agit d'être parti prenante du monde, de s'émerveiller sans cesse devant lui afin de progressivement s'approcher de la réalité spirituelle qui est celle de l'omniprésence divine. " Nous apprenons Dieu dans le mystère de l'inconcevable ", a-t-il dit. Dans cette perspective, l'homme n'est pas une individualité achevée, mais un être en commencement appelé à vivre selon la vocation que Dieu nous a assignée lors de la création. Si l'homme accepte sa mission qui est de parachever la création, alors le quotidien devient une transfiguration permanente, grâce aux valeurs de la foi, de la vérité et de la liberté. Il s'agit de croire que l'on peut se perfectionner là où nous sommes, de voir la vérité de notre monde comme " un réel en devenir ", de ne pas se laisser intimider par ce qui empêche d'être soi-même et d'épanouir ainsi à chaque instant la force de vie en nous. A l'issue de ce congrès, les participants ont adressé un message au patriarche oecuménique BARTHOLOMÉE Ier : " Nous nous sommes réunis autour de nos évêques dans la joie de la Résurrection pour prier ensemble et réfléchir sur un thème d'une brûlante actualité : "La Création remise entre nos mains" ". " Ensemble, nous avons vécu l'unité ecclésiale […]. Cependant, revenant demain dans nos paroisses marquées par les fragmentations juridictionnelles, l'ignorance mutuelle, nous souffrirons d'autant plus du décalage entre cette unité catholique que nous avons vécue, et l'état de désorganisation et de passivité de nos réalités ecclésiales, que nous dénonçons et dont nous souffrons depuis le premier congrès à Annecy en 1971 ", écrivent-ils. " Nous avons été informés que, dans quelques semaines, se tiendra, à Genève, une réunion préparatoire préconciliaire qui abordera la difficile question de l'organisation de la présence orthodoxe en Occident. Nous plaçons notre espoir dans nos évêques pour la mise en conformité de cette organisation avec l'ecclésiologie de communion que nous confessons et que nous venons de vivre durant ces trois jours", poursuivent-ils, avant d'ajouter : " Nous [vous] prions d'entendre l'urgence de ce message et la détresse qui s'y exprime, et vous supplions pour que nos attentes soient prises directement en considération ". Les congrès orthodoxes d'Europe occidentale sont des moments privilégiés de rencontre, de prière commune, de débats et d'amitié, auxquels sont particulièrement attachés les chrétiens orthodoxes d'Europe de l'Ouest qui, partout, ne constituent que de petites communautés minoritaires vivant souvent dans l'isolement les unes par rapport aux autres. Ces congrès leur donnent l'occasion de témoigner de l'unité orthodoxe, autour de leurs évêques, et encouragent ainsi la croissance spirituelle des différentes communautés. Organisés tous les trois ans depuis 1971, à l'initiative de la Fraternité orthodoxe en Europe occidentale, ils jalonnent désormais la lente émergence d'une orthodoxie proprement occidentale. Le précédent congrès s'était déroulé à Blankenberge (Belgique), en octobre 2005 (SOP 303.1).