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12 déc. 2011 - NICOSIE : déclaration commune de l'archevêque de Chypre et du grand rabbin d'Israël
Le primat de l'Eglise orthodoxe de Chrype, l'archevêqueChrysostome de Néa Justiniana (siège à Nicosie), et le grand rabbin
d'Israël, Yona Metzger, ont signé, le 6 décembre dernier, à
Nicosie, une déclaration commune pour affirmer le développement de
nouvelles relations mutuelles entre les chrétiens orthodoxes et la
communauté juive. Dans cette déclaration, l'idée d'une culpabilité
collective du peuple juif dans la mort de Jésus-Christ sur la croix
est explicitement rejetée. C'est la première fois qu'une Eglise
orthodoxe territoriale se démarque ainsi de cette théorie du "
peuple déicide ", qui a constitué un des facteurs les plus
importants dans le développement de l'antijudaïsme, puis de
l'antisémitisme en Europe, souligne dans son édition du 12 décembre
le quotidien israélien en langue anglaise The Jerusalem Post.
L'Église catholique-romaine a répudié la notion de la culpabilité
collective du peuple juif pour la mort de Jésus, en 1965, avec la
promulgation par le concile Vatican 2 du Nostra Aetate, une
déclaration sur les relations de l'Église catholique avec les
religions non-chrétiennes qui stipule que, quoi que certaines
autorités juives aient demandé la mort de Jésus, le blâme ne peut
pas retombé sur tous leurs coreligionnaires de l'époque et que
les Juifs ne peuvent aujourd'hui être tenus non plus pour responsables.
" Nous, le grand rabbin d'Israël, Yona Metzger, et l'archevêque
Chrysostome de Chypre, remercions Dieu pour le développement du
respect mutuel [ente nos communautés] et affirmons notre engagement
à faire progresser des relations excellentes entre Chypre et Israël
", peut-on lire dans cette déclaration. La texte déclare
explicitement que l'Église de la Chypre n'a jamais fait siennes les
accusations de culpabilité collective du peuple juif ou les appels à
la " négation systématique " des Juifs. " Nous affirmons rejeter
un tel préjugé comme incompatible avec l'enseignement des Saintes
Écritures ", soulignent les signataires de la déclaration. Le texte
affirme également que le fait de faire du prosélytisme parmi les
membres de l'une ou de l'autre des deux communautés " sape
l'identité religieuse de l'autre " et est " incompatible avec le
respect réciproque ". La déclaration souligne aussi que le
judaïsme comme le christianisme prêche l'inviolabilité de la vie et
qu'" en conséquence, nous condamnons tous les actes qui
défigurent cette inviolabilité, notamment par la violence et la
terreur contre des personnes innocentes, et surtout quand cela
implique l'abus de l'utilisation du nom de Dieu et de la religion ".
" Nous avons signé une déclaration historique concernant les
relations entre les Juifs et l'Église orthodoxe ", a estimé Yona
Metzger, cité par The Jerusalem Post. " Jusqu'à présent, les
Eglises orthodoxes se sont montrées récalcitrantes à faire un tel
pas, mais l'Église de Chypre a pris sur elle la responsabilité de
s'engager sur cette voie avec la courageuse déclaration signée
aujourd'hui ", a-t-il poursuivi. " Nous espérons que maintenant,
peu à peu, nous serons en mesure d'établir des rapports semblables
avec les autres Eglises orthodoxes importantes, notamment les Eglise
de Grèce et de Russie ", Le grand rabbin d'Israël a insisté
également sur la dimension politique de la déclaration, en
soulignant l'influence de l'Eglise sur la vie publique à Chypre
comme dans les autres pays de tradition orthodoxe. " Beaucoup de gens
dans ces pays prennent en comptent l'opinion de leurs responsables
religieux et alignent leurs points de vues politiques sur la position
de l'Église ", a-t-il estimé.
De son côté, commentant lui aussi pour le Jerusalem Post cette
déclaration, le rabbin David Rosen, directeur des affaires
internationales et interreligieuses au Comité juif américain, a
accueilli favorablement ce texte, tout en indiquant qu'il ne
s'agissait là que du début d'un processus. " Ce qui est
significatif, c'est que ce soit le primat de l'Église de Chypre qui
a signé cette déclaration ", a-t-il dit, " mais maintenant le plus
important d'entendre le contenu de cette déclaration à la plus
grande partie du monde orthodoxe ".
Pour importante qu'elle soit, la déclaration signée par
l'archevêque de Chypre et le grand rabbin d'Israël n'est
toutefois pas une première dans les relations entre le christianisme
orthodoxe et le judaïsme. Ainsi, en novembre 1991, le primat de
l'Eglise orthodoxe russe, le patriarche Alexis II, décédé en
décembre 2008, lors d'une rencontre à la grande synagogue de New
York avec un groupe de rabbins américains, avait prononcé un
important discours, intitulé " Vos prophètes sont nos prophètes
", dans lequel il dénonçait vigoureusement l'antisémitisme et
rappelait l'engagement de nombreux orthodoxes pour sauver des Juifs
lors des pogroms en Russie au début du 20e siècle ou lors de la
Shoah dans différents pays d'Europe durant la deuxième guerre
mondiale (233.18). Une condamnation qu'il avait rééditée, en
avril 1994, au cours d'une soirée en mémoire des victimes de la
Shoah, organisée à Moscou : " L'antisémitisme, comme toute action
visant à déclencher les passions interethniques, doit être combattu
d'une manière ferme, et être rejeté catégoriquement par la
société ", avait-il dit (SOP 289.16).