L'ORTHODOXIE DANS LE MONDE

L'Eglise orthodoxe constitue, avec le catholicisme romain et les communautés issues de la Réforme, l'une des trois expressions majeures du christianisme historique. Dans la fidélité à la foi apostolique, l'Orthodoxie confesse une unité doctrinale et sacramentelle qui se manifeste dans la nature conciliaire de son organisation ecclésiale. Les Eglises locales appelées à sanctifier les diverses communautés de destin qui surgissent dans l'histoire, sont unies dans la confession d'une foi commune. Cette unité se retrouve notamment dans la liturgie byzantine qui est devenue de facto la liturgie où s'exprime, dans une vaste synthèse de la théologie des Pères et des Conciles, la continuité historique et spirituelle de l'Orthodoxie ; elle est aujourd'hui célébrée à travers le monde entier dans les langues les plus diverses.

Avec les grandes migrations du XIXe et surtout du XXe siècle, sous la pression de la misère économique (l'exode vers le Nouveau Monde et l'Australie, puis vers l'Europe occidentale) ou bien de la guerre et de la persécution (révolutions communistes, effondrement de la Grèce d'Asie Mineure, drames palestinien et libanais), le christianisme orthodoxe a perdu son caractère géographique oriental. L'Eglise orthodoxe est aujourd'hui présente sur tous les continents et la rencontre de l'Orthodoxie et de l'Occident, grâce aux différentes diasporas orthodoxes, constitue sans conteste un des grands événements spirituels de notre époque.

Les Eglises locales

Le principe canonique fondamental de l'organisation de l'Eglise orthodoxe est celui de l'église locale ou territoriale : un seul évêque en un même lieu, formant avec les prêtres qu'il nomme dans les paroisses, un diocèse ; les diocèses vivent leur unité autour de centres d'accord ou centres de communion dont les évêques reçoivent certaines prérogatives de "sollicitude" pour faire circuler la vie entre les églises locales et éviter qu'elles ne s'isolent. Il s'agit d'abord des métropoles, puis des Eglises autocéphales (c'est-à-dire élisant leur propre primat) ou autonomes (l'élection du primat est confirmée par une Eglise autocéphale). Les Eglises autocéphales peuvent coïncider soit avec des communautés de civilisation, qui furent ou redeviennent missionnaires (ainsi Alexandrie pour l'Afrique, Antioche pour le monde sémitique), soit avec des communautés nationales. A l'échelle universelle enfin, depuis le schisme du XIe siècle, c'est l'Eglise de Constantinople, ou Patriarcat oecuménique, dont le siège est à Istanbul (Turquie), qui dispose d'une primauté d'honneur et d'un certain rôle d'initiative et de présidence dans l'ensemble de l'Eglise orthodoxe.

L'Eglise orthodoxe comprend aujourd'hui les quatre patriarcats anciens de Constantinople, Alexandrie, Antioche (siège à Damas) et Jérusalem, le patriarcat de Moscou (1589), les patriarcats, de formation récente, de Serbie (1920), de Roumanie (1925) et de Bulgarie (1953), l'antique Eglise de Géorgie, dont les origines remontent au IV e siècle, ainsi que les Eglises autocéphales ou autonomes suivantes dont le primat porte soit le titre d'archevêque : Eglises de Chypre, Grèce, Finlande et Albanie (après sa suppression par le pouvoir communiste en 1967, les premières célébrations non-clandestines ne remontent qu'à fin 1990) ; soit celui de métropolite : Eglise de Pologne, Eglise de la République tchèque et de la Slovaquie, Eglises d'Amérique et du Japon.

Les Eglises de la "diaspora"

Si cette organisation canonique en évêchés territoriaux et autocéphalies est celle des quatre patriarcats anciens qui avant la séparation Orient-Occident formaient avec Rome la Pentarchie, ainsi que des Eglises de constitution plus récente, en Europe de l'Est, généralement situées dans des terres traditionnellement orthodoxes, il n'en va pas encore de même partout ailleurs. En Europe occidentale, par exemple, ainsi qu'en Amérique ou en Australie, continents où les communautés orthodoxes ne se sont implantées à plus ou moins grande échelle qu'au XXe siècle, l'application du principe territorial ne se trouve qu'à peine ébauchée. C'est ainsi qu'en 1970 une autocéphalie a été proclamée en Amérique où l'Eglise orthodoxe est présente depuis la fin du XVIIIe siècle, mais l'Eglise autocéphale ne réunit qu'une minorité, importante il est vrai, des fidèles du continent américain et elle n'est pas encore reconnue par l'ensemble des Eglises orthodoxes (de même que n'est pas encore reconnue par toutes les Eglises l'autonomie de l'Eglise du Japon, datant elle aussi de 1970). Si des organismes de coordination s'établissent peu à peu au niveau des épiscopats de différents pays, les diocèses restent encore fondés sur des critères ethniques et, coexistant sur un même territoire, dépendent généralement de leurs Eglises autocéphales d'origine.

La question de la mise en place d'une organisation canonique de la diaspora, c'est-à-dire précisément des communautés se trouvant hors des frontières des Eglises autocéphales ou autonomes traditionnelles, figure à l'ordre du jour du concile panorthodoxe dont la préparation se poursuit actuellement. Une commission interorthodoxe préparatoire, qui s'est réunie à Chambésy (Suisse) en 1990, puis une deuxième fois en 1993, a permis un accord unanime de toutes les Eglises sur la nécessité d'organiser les nouvelles Eglises locales selon le principe territorial traditionnel, en définissant dès à présent des zones géographiques où des assemblées épiscopales seront créées regroupant tous les diocèses d'un territoire donné. Ces assemblées, qui doivent être instituées par la prochaine conférence panorthodoxe préconciliaire, prendront la relève des organes de concertation interjuridictionnels qui existent déjà dans plusieurs pays : en France, en Belgique, en Grande-Bretagne, en Allemagne, aux Etats-Unis et en Australie. Les modalités de mise en place d'une organisation canonique définitive relèveront quant à elles du concile. Celui-ci pourra donc se prononcer en tenant compte de l'expérience qui aura été acquise d'ici là.

Nombre des orthodoxes dans le monde

Le nombre des orthodoxes dans le monde varie selon les estimations, se situant entre 125 et 180 millions. Le contexte dans lequel vivent actuellement la plupart des Eglises orthodoxes locales rendant difficile, voire impossible, toute statistique religieuse, l'évaluation, on le voit, reste très imprécise.